Dzif’art

Le blog de Hortense ATIFUFU

 

Kangni Alem fait son entrée chez Gallimard

photo alem 2.jpgIl a longtemps souhaité être édité par Gallimard. Eh bien, il y est arrivé ! Kangni Alem a publié sa dernière œuvre dans la collection Continents Noirs en septembre 2006. Il s’agit d’ « Un rêve d’Albatros » ; un recueil de huit nouvelles avec pour point commun la vie, même si l’ouvrage est divisé en deux chapitres intitulés : « Dans la vie… » et « Autrefois dans la vie… ».
 « …il y a des pays en Afrique où, faut-il en rire ou en pleurer, le rêve arrive encore à clouer la réalité au pilori. » Cette phrase de Kangni Alem à elle seule donne une idée générale de l’oeuvre.
Dans ces récits, Kangni Alem reste sulfureux. Ses voyages à Bujumbura ont été indubitablement à l’origine de la première nouvelle du recueil. Là, notre universitaire traducteur s’est fait journaliste à la recherche de Jacqueline « la demoiselle aux semelles de vent ».Lire la suite...
 
A Chicago comme partout en Amérique « chercher du travail […] est un art dont il faut savoir maîtriser les règles, au risque d’y laisser sa santé mentale ». Ingnak Odorjdmela parvient à se faire recruter au sein d’une compagnie de danse contemporaine africaine. Mais il va vite déchanter face aux assauts de sa directrice qu’il décrit ainsi : « …Une paire de seins aussi lourds sur un corps aussi frêle, un miracle d’équilibre ».
Le mythe de Mami Wata et la situation socio-politique de son Togo natal lui collent à la peau comme sa passion pour le jazz.
On découvre dans « Un rêve d’Albatros » – la troisième nouvelle qui donne son titre au recueil – l’idée que Kangni se fait de son pays :
« …après quarante années d’une dictature familiale, alors qu’il faut prendre les armes et mener la guerre juste, celle qui libère, enfin, tout un peuple de ses bourreaux, ils en sont là à pérorer Jésus, le Saint Esprit, et pourquoi pas l’Immaculée Conception !? »

IMGP1783.JPG

L’écrivain revient sur l’assassinat du premier président  de son pays : Sylvanus Olympio. D’ailleurs c’est avec l’approche humoristique d’André Maurois dans « Les Silences du Colonel Bramble » qu’il introduit cette nouvelle « Les Silences du Commandant Maîtrier » ; Selon l’auteur togolais « …le métis n’aurait qu’une obsession, donner un sens à l’indépendance fraîchement acquises, briser les velléités françaises à maintenir les vieilles hégémonies : pour cela, paraît-il, il avait décidé de frapper monnaie nationale, et soustraire son pays à la zone coloniale du franc. Suprême injure, aurait répondu Paris, qui aurait décidé de reprendre les choses en main, de couper l’herbe sous le pied du fier nationaliste… ».
Ingnak Odorjdmela, le principal personnage de ce recueil de nouvelles, est très influencé par les femmes et leur affection parfois trop débordante et mesquine.photo alem.jpg
Kangni Alem évoque aussi la discrimination raciale. En témoignent ces extraits :
« …Sale face de négresse, tu n’es qu’une pute ! Je t’ai acheté, tu sais, tu n’es qu’un trou, un trou noir dans lequel je te fais l’honneur de pisser mon sperme blanc ! »…. « les Africains, c’est des ingrats. Des vendus d’esclaves et des ingrats. »
 IMGP1781.JPG

Autant de sujets à découvrir dans l’œuvre d’un écrivain par ailleurs amateur de jazz, de blues, des chansons françaises et africaines.
 
 

Retrouver Kangni Alem sur son blog www.togopages.net/blog

Dans : La bibliothèque,Rubrique des auteurs
Par Hortense ATIFUFU
Le 26 septembre, 2006
A 15:57
Commentaires : 7
 

7 Commentaires

  1.  
    Sessi tonoukouin
    Sessi tonoukouin écrit:

    Salut Hortence
    J’apprécie ce effort que tu fais pour la promotion de la culture africaine. Kangnin reste pour moi un écrivain de talents de la nouvelle génération. j’apprécie son dernier ouvrage et attend de le rencontrer à cotonou lors de la finale du concours littéraire Lu pour vous dont il est l’invité et devrait rédiger le texte inédit de la finale en novembre prochain;
    chère conseur, je te dis bravo et bon combats

  2.  
    Hortense
    Hortense écrit:

    Merci cher confrère Sessi,
    Nous, acteurs de developpement à tout niveau, devons tout simplement mettre la main à la pâte pour corriger les différentes carences et cesser de critiquer nos Etats. Remplissons notre part de responsabilité et nous aurons rendu service à notre nation.
    Cordialement.

  3.  
    Alem
    Alem écrit:

    l’idée que Kangni se fait de son pays :
    « …après quarante années d’une dictature familiale, alors qu’il faut prendre les armes et mener la guerre juste, celle qui libère, enfin, tout un peuple de ses bourreaux, ils en sont là à pérorer Jésus, le Saint Esprit, et pourquoi pas l’Immaculée Conception !? »
    Bon, d’habitude, je ne réagis jamais aux critiques de mes livres, mais sur une citation pareille, je suis obligé de clarifier les choses. Non, Hortense, je ne suis et je n’ai jamis été partisan de la guerre civile au Togo, ah non, ce serait trop facile. Mon narrateur le pense, cela fait partie des postures de l’écrivain de se couler dans les pensées les plus contradictoires. Et celle-là a circulé beaucoup parmi les Togolais de la diaspora. Or le narrateur, selon toute vraisemblance, est de la diaspora, puisqu’il revient au pays. Voilà, c’est tout, personnellement ma conception de la situation politique au Togo n’est pas aussi radicale. Bon cla dit, merci pour le papier, moi sulfureux? Hum, relis-bien la dernière phrase de la première nouvelle, il se pourrait que j’en fasse moins que je ne dise. Qui sait? Amicalement
    P.S OUI, je serai à Cotonou le 5 Novembre pour la remise du Prix du Concours Lu pour vous, j’ai écrit effectivement un texte pour l’occasion intitulé « Le sandwich de Britney Spears », le sujet en est l’immigration, histoire d’un jeune Camerounais qui vit à Londres, mais dans sa tête, tu découvriras si tu viens couvrir l’événement à cotonou, mais évidemment je ferai un saut à Lomé, occasion de reparler « LIVE » sur NANA FM du livre? Comme tu voudras.

  4.  
    Tony
    Tony écrit:

    salut Eliane,
    C’est ma toute première fois d’aller sur ton blog. Pas mal! Mais j’aurais aimé beaucoup plus de ton analyse sur « Un rêve d’Alabtros ». Je ne sais même pas pourquoi le livre porte ce titre puisque « Un privé à Bujumbura » et une Vie américaine » sont plus excitants que ce retour sur le mythe des Incubes sur lequel revient Kangni.
    Il y a aussi une chose à noter, c’est la première fois que Sylvanus Olympio est personnage dans une fiction. Certes, Ahmadou Kourouma l’avait essayé dans En attendant le vote des bêtes sauvages. Mais c’est la première fois qu’un togolais l’utilise.

  5.  
    Sami
    Sami écrit:

    Tony, le blog, c’est Hortense et non Eliane, je crois! Alem, les récits à la première personne favorisent dans la tête des lecteurs un rapprochement entre le narrateur et l’auteur, et nous avons beau répéter qu’il faut les séparer, il est parfois difficile, même à nous, de le faire. Que faire? Assumer qu’en nous il y a des contradictions que nous tentons d’exprimer par plusieurs voix. Nous sommes pour, contre, endormis, éveillés, assassins, enquêteurs… Et quand tu évoques le narrateur qui serait de la diaspora, franchement, est-ce un argument? Tu es de la diaspora, toi aussi! Moi je te connais pour savoir que tu détestes la solution militaire dans la résolution des conflits ou les luttes pour plus de démocratie, mais même des gens qui te connaissent se demandent parfois si tes histoires sont du vécu ou de la fiction. N’est-ce pas cela aussi le succès de la fiction, de brouiller les pistes même à son auteur?

  6.  
    Alem
    Alem écrit:

    A vrai dire, le brouillage des pistes est un jeu délicat. On se surprend soi-même à travailler sur une idée aux antipodes de ses convictions, et même si on y prend du plaisir, je crois que le piège guette quand le propos est à la première personne. « Je » est-il toujours un autre, serait-on tenté de demander à l’écrivain? Vieux débat. Non mais, à cette allure, j’aurais tout expérimenté dans la vie, maquisard, cochon pervers (comme Sami?), il me manquerait de vivre la vie d’un masque funéraire pour tout couronner. La fiction est vraiment le territoire où s’expriment le mieux nos propres contradictions, sur ce plan, Hortense a peut-être touché du doigt une petite réalité de ce receuil de nouvelles, une petite seulement.

  7.  
    Hortense ATIFUFU
    Hortense ATIFUFU écrit:

    Apparemment un grain de sable s’est introduit dans le fonctionnement de mon blog. Je pense que c’est réglé. Alors Tony, comme te l’expiquait Sami, c’est une page de Hortense.
    Je m’emploierai dans les prochains jours à analyser la nouvelle « Un Rêve d’Albatros ». Je pense que tu as dû découvrir des choses interessantes. Je crois que tu peux les partager avec nous le temps pour moi d’y repartir.
    Je suis qu’en même arrivée à touchée du doigt une petite réalité, selon Alem, du livre. Tant mieux, Alem pourra m’aider à découvrir le reste.

Répondre

 
 

mamzelle Sic |
CC CREATIONS I |
KattyMosaik |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Yaya Mbilé
| ABRACADA ...
| Bienvenue sur le site de Te...