Dzif’art

Le blog de Hortense ATIFUFU

 

Le cinéma togolais à la lueur du Festival des Cinémas Euro-Africains

Le Festival des Cinémas Euro-Africains a pris fin hier à Lomé. 16 films africains et européens ont été diffusés. Le festival est le résultat d’un programme de financement de l’Union Européenne au cinéma africain. Cette semaine du film a ressorti les problèmes du secteur au Togo.  « Tchao Pantin » c’est le dernier film du Festival des Cinémas Euro-Africains. Il a été projeté hier à l’auditorium du Centre Culturel Français de Lomé. Le public a été select. Directeurs de centre culturel, journalistes culturel, intellectuels, enseignants, étudiants ont été les spectateurs devant l’écran pour 100 minutes. Ce nombre restreint de cinéphile pose là encore le problème du cinéma au Togo. L’ouverture du festival le 09 octobre 2006 a coïncidé avec les RECITEL, les Rencontres du Cinéma et de la Télévision de Lomé. Cette manifestation longtemps reportée a eu finalement en marge des critiques. Ce projet culturel a l’ambition de former à la critique cinématographique, aux techniques de réalisation, de scénarisation et surtout à la formation du public au cinéma. Malheureusement nous avons connu les mêmes problèmes durant la semaine des Cinémas Euro-Africains. Les spectateurs ont été les mêmes malgré la diversité des lieux de diffusion. Le centre culturel Denyigba, le centre culturel français, le Goethe Institut et le Campus universitaire de Lomé ont reçu les mêmes spectateurs. La salle Concorde de l’hôtel 2 Février a fait l’exception. Ses sièges ont pratiquement tous été occupés lors de la projection de « La colère des Dieux » du Burkinabé Idrissou Ouédraogo. Cet exploit peut s’expliquer. Le film burkinabé a été diffusé à l’ouverture du festival.      

Est-ce à dire que le Togolais a des rapports répulsifs avec le cinéma ?   Les Togolais sont cinéphiles. Mais ils aiment se tenir devant leurs petits écrans. Ou alors se tenir devant les postes téléviseurs empilé et exposés le soir aux abords de la chaussée. Le cinéma est aujourd’hui à la portée de tous eu égard à la révolution technologique avec les VCD Vidéo Compact Disc et DVD Digital Vidéo Disc. Ce qui modifie les rapports entre l’homme et l’image. Ainsi le cinéma est plus accessible. Mieux on peut dire que le cinéma va maintenant vers le spectateur et non plus l’inverse. L’on se souvient encore du vœu du Premier Ministre, Maître Yaovi Agboyibo de revoir l’affluence d’antan des salles de cinéma. Ces lieux sont abandonnés aujourd’hui au silence des projecteurs et à l’indifférence des spectateurs. Les créateurs de l’image au Togo se heurtent au désintérêt. Alors pour tenter de satisfaire, les jeunes cinéastes font « des essais de feuilletons brésiliens ». C’est la vague des longs métrages que l’on suit sur nos petits écrans où la trame se résume à l’amour, à la trahison, à la jalousie, au snobisme… Tout ceci dans un environnement bourgeois et pauvre. C’est des thèmes directeurs des novelas qui sont très convoités par les spectateurs. Même dans cette volonté de plaire au public, les réalisateurs sont confrontés au manque de moyens. Il s’agit des moyens techniques, financiers et du partenariat. Les structures de production à défaut de produire un film, qui dans la logique est rentable, se suffisent des spots publicitaires, des reportages d’événements aussi bien officiels que divers. Au dernier concours de cinéma Clap Ivoir organisé en Côte d’Ivoire, seule Ciné Riche en  Couleurs a représenté le Togo. Or la compétition n’a pas exclu les candidatures multiples. Ce qui aurait donné plus de chance au Togo.       

Le festival des Cinémas Euro Africains a connu sa première édition au Togo, un pays où la création en image est en crise. Comment le comprendre ? Selon Filiberto Sebrégondi, le chef de la Délégation de Commission Européenne auprès de la République Togolaise, le choix du Togo est un signe d’encouragement à l’issue favorable du dialogue intertogolais. Il a dit que la signature de l’accord politique global montre à suffisance que le dialogue interculturel est aussi possible. Ce dialogue dont il est question ici s’installe entre l’Afrique et l’Europe. Et non entre ethnies du Togo ou dans un autre cas le Togo et l’Europe. Cette interrogation a été soulevée par un invité à l’ouverture de la manifestation. Celui-ci a boudé la cérémonie sous prétexte qu’il est inadmissible qu’aucun film togolais ne figure dans la programmation du festival. Beaucoup d’observateurs culturels ont fait cette remarque. Comme pour les satisfaire, « Kawilassi » du togolais Abalo KILIZOU a été projeté le dimanche 15 octobre au Centre Culturel Denyigba à Lomé. Officiellement quinze films ont été initialement prévus.    

On sent l’absence du Togo dans ce rendez-vous qui est le sien. Le chef de la délégation de la Commission Européenne auprès du Togo a déclaré que l’absence d’une production cinématographique nationale n’est pas un choix délibéré. Les films produits par l’Union Européenne ont été sélectionnés suivants des critères bien définis. Selon Madjé Ayité, jeune cinéaste, les critères sont à la hauteur des possibilités des créateurs d’image au Togo. Dans l’appel à candidature du programme de financement 2005, il a été demandé aux structures de production d’avoir trois ans d’existence. En plus la structure candidature doit avoir l’accord diffusion d’une salle de cinéma. Cette dernière va se charger de la promotion du film une fois produit. Le réalisateur du long métrage « Vanessa et Sosie » trouve ces conditions difficiles pour le secteur du cinéma au Togo. Même le nouveau Premier ministre a reconnu que les artistes sont dans une situation qui laisse à désirer. La culture est au début et à la fin du développement. Cette citation du poète président sénégalais a été aussi empruntée par Maître Yaovi Agboyibo. Une façon pour le chef de gouvernement de témoigner sa volonté de relancer le secteur culturel. Malheureusement notre cher Premier ministre semble s’être engagé sur une voie que certes Léopold Sédar Senghor n’avait pas perçu à l’époque. La culture ne peut pas être un accessoire et n’être utile qu’aux antipodes du développement d’un pays. La culture est nécessaire durant tout le processus. La culture est un facteur déterminant dans l’élaboration des types de développement.   L’événement aurait pu atteindre les objectifs fixés.Ce festival au lieu d’être concentré à Lomé pouvait sillonner les villes importantes du Togo si vraiment l’Union Européenne vise la diffusion du cinéma africain comme l’a laissé entendre Filiberto Sebrégondi. Si le festival avait un caractère caravanier, il  aurait répondu en partie à la promotion du dialogue interculturel au Togo.      

Dans : Un mot à propos de...
Par Hortense ATIFUFU
Le 18 octobre, 2006
A 15:02
Commentaires : 3
 

3 Commentaires

  1.  
    franck
    franck écrit:

    Je pense qu’il n’y a pas à désespérer qu’un jour il y ait un cinéma togolais. Je veux prendre pour exemple la musique togolaise telle qu’elle a évolué ces dernières années. J’ai été surpris et très heureux de la créativité des jeunes artistes togolais faisant du rap. J’ai aimé qu’ils chantent le vécu quotidien en qu’en cela, ils ont une audience qui se retrouve dans leurs chansons. J’ai aussi aimé qu’ils chantent en Mina, rompant ainsi avec une génération qui pendant longtemps s’est cru obligé de chanter en ewé –même quand elle ne maîtrisait pas la langue. A la fois ewéphone parce que mes parents le sont et que c’était la première langue de mon éducation formelle dans les écoles protestantes de Lomé et minaphone pour être né et avoir grandi à Lomé, je n’ai jamais compris ce complexe à l’endroit de l’Ewe, considéré noble quand il s’agissait de chanter alors qu’on ne vous l’accordait pas de la parler dans la rue parce qu’elle traduirait un brin de provincialisme. C’est au regard de cela que l’usage du Mina et d’autres langues togolaises par cette nouvelle génération d’artistes togolais me paraît une rupture essentielle en ce qu’elle assume la réalité. Une réalité qui fait que le Mina est la lingua franca et c’est dans cette langue qu’une grande majorité de gens vit : souffre et aime, je veux dire. S’ils se trouvent des apprentis-cinéaste pour emprunter cette voie de la rupture qui assume le présent en parlant des réalités qui interpellent le quotidien du public, peut-être qu’un cinéma togolais naîtra. Il n’y aura pas de grands moyens en l’entame certes. Mais le cinéma populaire existe. L’engouement

  2.  
    franck
    franck écrit:

    Pour complèter
    ….L’engouement pour les « soap-opera » brésiliens ne le démontrent-ils pas paradoxalement?

  3.  
    nicolas
    nicolas écrit:

    Slt Hortense ATIFUFU sa fait vraiment plaisir de constaté que je ne suis pas le seule à constaté que le cinéma togolais ne bouge pas depuis des années.
    Je veux aussi te dire que les information concernent les formation, les coloque et les atelier au TOGO font rare ce qui concourir aussi au non progression du cinéma Togolais
    Et aussi comme tu l’a si bien dire ont ce sufis chacun se voir plus mailleur que l’autre. merci pour le constat.
    Bon moi je suit cinéaste TOGOLAIS j’ai participé au documentaire les portefaix du grand marché de Lomé qui a participé au festival clap ivoire don tu a parlé et qui à eu trois prix
    J’étais aussi au fespaco 2007 et en fin au festival vue d’Afrique du canada avec le film le cercle des amoureux qui a concourir dans la même catégorie que le film burkinabais commissariat de tempi mai j’avoue que je j’ai jamais été au courent des ses genre d’activité au Togo.
    Ma conclusion est la suivante si vous pouvez de temps en temps m’informé sur ses genre d’activité sa me fera plaisir.
    Merci
    ALLYN Ekoué Mobali
    90387318
    Allyn_tg@yahoo.fr
    merci

Répondre