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La charcuterie de la république, au nom du concert- party

Par Dieudonné Korolakina

Journaliste 

Dans une pièce pleine d’humour, de satire et de saillie,le comédien ,dramaturge,metteur en scène et administrateur culturel togolais,Frédéric Gakpara-Yawo puise dans un fait banal-la vie d’un vendeur de journaux- pour explorer un genre théâtral :le concert- party. Une esthétique  du théâtre populaire togolais dont le jeu est basé sur le comique, la bouffonnerie et le pathétique, accordant une place privilégiée à l’improvisation et traitant des sujets de la vie domestique, de l’urbanisation des ruraux, des conflits culturels, etc.La pièce, La charcuterie de la république, vient de paraître, à compte d’auteur chez les Editions graines de pensées à Lomé, après avoir rencontré un explosif succès lors de ses représentations  à dassa zoumé au Bénin et à Lomé.La charcuterie de la république se présente comme un monologue collectif, plus qu’une interaction entre des inconditionnels  consommateurs de journaux et un vendeur, ici soucieux de tirer meilleure partie de son  affaire. Et les formules pour en arriver ne tarissent pas  dans  sa féconde imagination. « zandé zandé lo wo coé  wo mé vo dé kpo’olahlin… le journal de l’état  dans toute sa splendeur le perroquet national.. »Il ne libère guère l’admiration et l’attention de sa clientèle, porté à dire l’indicible, retranché derrière le caractère, avant tout carnavalesque de l’œuvre .un carnavalesque établi par des néologismes ,des anagrammes et contrepèterie de toute sorte .Entre l’auteur vendeur et ses journaux qu’il traine à tour de bras ou qu’il présente sur une étagère, il existe une indescriptible histoire d’amour qui lui fait distinguer ses  titres « à même leurs  odeurs ».Séduit lui-même par le contenu de ses journaux,le meilleur distributeur agrée ,se veut le porte voix de ceux qui manquent de voix au chapitre.Son réquisitoire va ainsi du politique au social,du sport à la culture ,sinon « la cul-tuerie » marquée par une litanie impressionnante « des zans(fêtes) à vous boucher l’estomac ». « Un véritable ballet ministériel dans les villages …après ayizan,hogbézan,adzinukuzan,gbagbazan,abobozan,évalazan,kamakazan,habièzan… »(ndlr :liste non ordonnée des zans).Le journal n’oublie pas de prendre en compte  l’économie.Une économie charcutée où «  la bourse des valeurs est devenue la bouse des voleurs ».   Avec cette pièce,la seule qu’il a pu faire éditer de tout son répertoire,Fréderic G. fonde ce que l’on pourrait appeler le néo-concert-party, qu’il conceptualise lui –même et dénomme le théâtre libertin ;où sont mis en crise et la langue ,et les habitudes théâtrales et l’aire de jeu . « Tout espace ,tout propos,tout gestuel est permis pourvu que chacun y tire partie. »En bouleversant les habitudes théâtrales l’auteur se donne quelque part comme le personnage ,le seul d’ailleurs ,de son œuvre ,elle-même iconoclasste.Là se trouve un des atouts de La charcuterie de la république, au-delà de l’ambitieuse démarche de publication.

   Toutefois ,Frédéric n’a pas le monopole de la réécriture du concert-party au Togo.Kangni Alem,l’auteur du Rêve d’Albatros paru dernièrement chez Gallimard ,a bu à cette source   aussi ; dans la pièce Mon cancer aux tropiques,écrite à nouveau à Ouagadougou lors des dernières récréatrales.Pièce mise en scène par Alfa Ramsès B. pour sa compagnie Louxor. 

Publié in N°003 du Temps Nouveaux, un hebdomadaire togolais.

Dans : Analyses
Par Hortense ATIFUFU
Le 5 novembre, 2006
A 19:43
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